Avant de comparer les commissions, une question change déjà la sélection : qui porte votre film ? Une association, un réalisateur à titre personnel et une société de production n’ont pas accès aux mêmes dispositifs. Le public que vous pouvez mobiliser compte tout autant. Une campagne destinée à vos proches et aux partenaires d’un territoire ne se prépare pas comme celle d’un documentaire suivi à l’international.
Voici les différences entre Proarti, HelloAsso, Kickstarter, Ulule et Indiegogo, ainsi que ce qu’est devenue l’offre KissKissBankBank. Les conditions ont évolué depuis la première version de ce guide : deux changements, en particulier, rendent certains anciens comparatifs trompeurs.
Comparatif actualisé le 26 septembre 2026 à partir des informations officielles des plateformes. Les montants ci-dessous concernent une collecte en euros depuis la France, sauf précision contraire.
Les plateformes en un coup d’œil
| Plateforme | À regarder pour… | Frais et condition principale |
|---|---|---|
| Proarti | Un projet artistique et un accompagnement au mécénat | 8 %, 10 % ou 12 % selon le porteur et le dispositif ; seuil minimum de collecte. |
| HelloAsso | Un film porté par une association | Aucune commission ; contributions volontaires à HelloAsso en supplément. |
| Kickstarter | Une campagne créative avec un public international | Tout ou rien ; 5 % + frais de paiement, généralement 3 % + 0,30 € par contribution en France. |
| Ulule | Une collecte avec contreparties auprès d’un public francophone | Tout ou rien avec contreparties ; 8 % TTC par carte sous 100 000 € en France. |
| Indiegogo | Une campagne internationale à objectif fixe | 5 % + 3 % + 0,20 € par transaction en euros ; plus de financement flexible pour les nouvelles campagnes. |
| KissKissBankBank | Comprendre les anciens guides et campagnes | Plus de nouvelles campagnes : les créateurs sont orientés vers Ulule. |
Le « tout ou rien » signifie que vous ne recevez pas les fonds si l’objectif n’est pas atteint. C’est un critère décisif lorsque le film a besoin d’un budget minimum pour exister. À l’inverse, conserver une collecte partielle oblige à avoir prévu ce que l’on pourra réellement produire avec cette somme.
Proarti : un accompagnement centré sur la création

Proarti accompagne les projets artistiques, dont les films, avec une place particulière accordée au mécénat. Son fonds de dotation peut porter la collecte et, lorsque le projet y est éligible, émettre les reçus fiscaux sous sa responsabilité. Cet accompagnement mérite d’être étudié si vous recherchez des mécènes, au-delà d’une simple page de paiement.
La grille actuelle distingue le statut et le dispositif : 8 % pour une association ou un particulier en mécénat participatif, 10 % pour une société de production, et 12 % pour un film de plus de 60 minutes porté par une société. Le grand mécénat est annoncé à 10 %. Proarti indique ne pas ajouter de TVA à ces frais de gestion.
Le versement peut intervenir sans atteindre l’objectif total, dès le seuil minimum prévu. Il s’accompagne de justificatifs et de modalités à convenir avec Proarti : le montant affiché sur la collecte n’est pas nécessairement une trésorerie disponible immédiatement. L’accompagnement n’équivaut pas non plus à l’attribution automatique d’une subvention.
Sources : dispositifs et grille tarifaire Proarti, modalités de versement et éligibilité au mécénat.
HelloAsso : préserver le budget d’un film associatif

Si votre film est porté par une association, HelloAsso a un argument facile à comprendre : aucune commission ni frais de transaction ne sont retirés de la collecte. Pour 10 000 € versés au projet, l’association reçoit 10 000 €. Le contributeur peut soutenir séparément HelloAsso par une contribution volontaire, modifiable ou supprimable ; ce soutien ne réduit pas le don destiné au film.
La plateforme permet de recevoir les fonds même si l’objectif affiché n’est pas atteint. Elle convient donc à une équipe qui a déjà une communauté à solliciter et une structure associative pour encaisser les contributions. Une société de production commerciale ne peut pas la choisir simplement pour profiter de l’absence de frais.
Le point à préparer reste la mobilisation. Une page de collecte donne un endroit où contribuer ; elle ne remplace ni les contacts avec les partenaires locaux ni les nouvelles régulières sur le film. Et le statut associatif ne suffit pas, à lui seul, à ouvrir droit à une réduction d’impôt : l’association doit être habilitée à émettre des reçus fiscaux.
Sources : modèle économique HelloAsso, collecte associative et émission des reçus fiscaux.
Kickstarter : une campagne créative ouverte sur l’international

Kickstarter peut être pertinent si le sujet du film, votre travail précédent ou une communauté déjà constituée vous donne des relais au-delà de la France. Une présentation et des sous-titres en anglais peuvent alors faire partie du travail de campagne. La notoriété de la plateforme ne constitue pas, en elle-même, un plan de communication.
La collecte fonctionne en tout ou rien. Si elle réussit, Kickstarter prélève 5 % du montant collecté. En France, les frais de paiement habituels sont de 3 % plus 0,30 € par contribution. Les contributions inférieures à 10 € ont un barème distinct, de 5 % plus 0,08 €. En cas d’échec, la plateforme ne prélève pas ces frais.
Le montant fixe par paiement explique pourquoi deux collectes de même taille peuvent coûter différemment : 200 contributions de 50 € n’entraînent pas les mêmes frais que 1 000 contributions de 10 €. Il faut aussi financer les contreparties promises. Une projection, une affiche et l’envoi de cette affiche n’ont pas le même coût pour l’équipe.
Source : barème Kickstarter pour la France. Logo : Kickstarter, identité présentée par Order.
Ulule : contreparties et accompagnement en français

Ulule reste une piste cohérente pour une équipe qui prépare une campagne en français et souhaite être accompagnée dans son lancement. Pour une collecte avec contreparties, les fonds sont reversés lorsque l’objectif est atteint ; sinon, les contributeurs sont remboursés. Les collectes de dons et par abonnement suivent un autre fonctionnement.
Pour moins de 100 000 € collectés en euros en France, Ulule annonce 8 % TTC sur les paiements par carte, frais de paiement compris, et 5 % TTC pour les chèques ou virements. Il ne faut donc pas ajouter une seconde estimation de frais bancaires aux 8 %. Des tranches dégressives s’appliquent au-delà de 100 000 €.
Depuis le 14 avril 2025, le contributeur règle aussi des frais de service de 0,10 € + 2,2 % TTC en supplément de sa contribution. Pour soutenir le film à hauteur de 50 €, il paie ainsi 51,20 €. Ces frais n’amputent pas les 50 € comptabilisés pour le projet ; la commission du porteur, elle, reste applicable. Cette distinction est utile pour présenter clairement les montants à votre public.
Sources : commission Ulule et frais côté contributeur.
Indiegogo : le financement flexible a disparu

Le changement est important si vous connaissez Indiegogo par d’anciens guides : depuis la migration du 16 octobre 2025, les nouvelles campagnes ne proposent plus le financement flexible. Elles reposent sur un objectif fixe. Choisir Indiegogo pour conserver la collecte même en dessous du seuil n’est donc plus un motif valable aujourd’hui.
Le barème annoncé est de 5 % pour la plateforme, auxquels s’ajoutent 3 % de traitement des paiements et 0,20 dans la devise du projet par transaction, soit 0,20 € pour une campagne en euros. Si l’objectif n’est pas atteint, ces frais ne sont pas dus.
Pour un film destiné à un public international, la comparaison avec Kickstarter doit dès lors porter sur les outils disponibles, les conditions d’acceptation du projet et les habitudes de votre communauté. L’ancienne opposition entre une plateforme « tout ou rien » et une plateforme « flexible » ne permet plus de les départager.
Sources : évolutions de la plateforme, frais Indiegogo et FAQ de la migration.
KissKissBankBank : les nouveaux projets passent par Ulule

KissKissBankBank reste associé à de nombreuses campagnes culturelles françaises, mais ce n’est plus une plateforme sur laquelle lancer une nouvelle collecte. La création de nouvelles pages a cessé le 20 décembre 2024 et le lancement de nouvelles campagnes le 1er avril 2025. Les créateurs sont orientés vers Ulule.
Les anciennes offres Starter, Pro et Expert ne doivent donc plus servir à construire le budget d’une nouvelle campagne. Si l’on vous recommande KissKissBankBank en s’appuyant sur un film financé il y a quelques années, regardez désormais les conditions d’Ulule. Les pages historiques peuvent rester accessibles sans que l’offre de lancement soit toujours ouverte.
Sources : calendrier d’arrêt des services et rapprochement avec Ulule.
Sur 10 000 € collectés, combien reste-t-il pour le film ?
Prenons une collecte réussie de 10 000 €, composée de 200 contributions de 50 €, toutes encaissées. Le tableau isole les frais de plateforme et de paiement. Il ne retire ni le coût des contreparties, ni les frais de campagne, ni la fiscalité éventuelle du projet.
| Cas retenu | Frais estimés | Reste après ces frais |
|---|---|---|
| HelloAsso · association | 0 € | 10 000 € |
| Ulule · carte, France | 800 € | 9 200 € |
| Proarti · barème 8 % | 800 € | 9 200 € |
| Proarti · barème 10 % / 12 % | 1 000 € / 1 200 € | 9 000 € / 8 800 € |
| Kickstarter · France | 500 € + 300 € + 60 € = 860 € | 9 140 € |
| Indiegogo · euros | 500 € + 300 € + 40 € = 840 € | 9 160 € |
Simulation indicative calculée à partir des barèmes cités plus haut. Les contributions volontaires HelloAsso et les frais de service Ulule payés en supplément par les contributeurs ne sont pas déduits ici.
L’erreur fréquente consiste à fixer un objectif égal aux dépenses du tournage. Avec 8 % de frais et 9 200 € à financer, il faut collecter 10 000 €, avant même les contreparties. Si vous cherchez 10 000 € nets, ce même calcul donne environ 10 870 € à collecter. Ajouter simplement 8 % au besoin ne suffit pas, puisque la commission porte aussi sur la somme ajoutée.
Choisir à partir de votre film, puis préparer la collecte
Pour un film associatif financé par un réseau déjà mobilisé, l’absence de commission d’HelloAsso mérite d’être examinée en premier. Si l’accompagnement au mécénat est central, Proarti répond à un autre besoin. Ulule peut convenir à une campagne francophone avec contreparties ; Kickstarter et Indiegogo sont à comparer lorsque vous avez des relais internationaux. Ce sont des points de départ, pas un classement valable pour tous les films.
Avant de choisir, posez le budget sur des devis réels. Pour le matériel, vous pouvez par exemple comparer les Sony FX3 proposées à la location sur Lightyshare et chiffrer les optiques, le son et la lumière nécessaires à votre tournage. Un objectif de collecte devient plus crédible quand on peut expliquer précisément ce qu’il finance.
Préparez ensuite les visuels, la présentation de l’équipe et un calendrier de communication qui tienne jusqu’à la fin de la campagne. Notre guide pour réussir le crowdfunding de son film détaille cette préparation, au-delà du choix de la plateforme.
Logos : marques respectives, reproduites pour identifier les plateformes comparées. Informations consultées le 26 septembre 2026.