Connaissez-vous The Daily Script ? Ce site anglophone à l’apparence très minimaliste – et c’est peu de le dire – recense les scripts de centaines de films. Une mine d’or pour les scénaristes, réalisateurs ou, tout simplement, les curieux qui ont envie de voir à quoi ressemblait un film avant de devenir un film.
Ne vous arrêtez surtout pas au design. The Daily Script donne l’impression de ne pas avoir beaucoup changé depuis les débuts du web : fond blanc, liens bleus, longues listes de titres classés par ordre alphabétique… On est assez loin des plateformes de streaming. Mais ici, le contenu est ailleurs.

Le principe est simple : choisir un film et ouvrir son scénario. On trouve aussi bien des classiques que des films beaucoup plus récents, avec parfois plusieurs documents pour un même titre. Le site recense des versions finales, des scripts de tournage, des premiers jets, des versions révisées ou des scénarios dont l’état exact n’est tout simplement pas indiqué.
Et c’est probablement ce qui rend The Daily Script plus intéressant qu’une simple collection de PDF.
Du scénario au film
Lire le scénario d’un film que l’on connaît déjà réserve quelques surprises. On pense se souvenir d’une scène précisément, puis on découvre qu’elle était écrite autrement. Une réplique a changé. Une séquence a disparu. Une description qui tient en trois lignes à l’écrit est devenue plusieurs minutes de cinéma. À l’inverse, toute une page peut parfois être avalée à l’écran en quelques secondes.
C’est particulièrement amusant avec les films que l’on a beaucoup vus. On peut garder le scénario ouvert sur un ordinateur et relancer le film à côté, juste pour comparer. Pas besoin d’en faire un exercice universitaire : prenez une scène que vous aimez et regardez simplement ce qui était déjà sur la page.
On comprend alors assez vite ce qui appartient au scénario et ce qui est arrivé plus tard.
Une ambiance qui semble essentielle dans le film n’est pas nécessairement décrite en détail. Un regard devenu mémorable peut n’avoir aucune importance particulière sur le papier. Le rythme d’un dialogue peut énormément changer une fois confié aux comédiens. Et puis il y a évidemment tout ce que le cadre, le décor, la lumière, le son ou le montage vont apporter.
Pour quelqu’un qui écrit lui-même, c’est aussi une bonne façon de voir comment travaillent des scénaristes professionnels sans passer uniquement par des manuels d’écriture. Les scripts ne se ressemblent d’ailleurs pas autant qu’on pourrait le croire. Certains décrivent beaucoup. D’autres presque rien. Certaines scènes sont très découpées, tandis que d’autres avancent à toute vitesse.
Le début du scénario de La Chose, par exemple, va droit au but. Le document mis en ligne est un deuxième brouillon daté du 4 mars 1981. Avant même le début de l’histoire, Bill Lancaster présente les personnages en quelques mots : leur âge, leur fonction dans la base et parfois un détail de caractère. MacReady ? Pilote d’hélicoptère, aime les échecs, déteste le froid. Quelques lignes plus loin, l’Antarctique et la station sont installés, et le scénario démarre.
C’est assez différent de l’idée que l’on peut se faire d’un scénario quand on n’en a jamais lu : des pages et des pages de descriptions littéraires avant d’arriver à l’action. La plupart du temps, ça bouge beaucoup plus vite.
Les brouillons sont parfois encore plus intéressants
Autre plaisir du site : regarder les dates.
Un film sorti en 1999 peut renvoyer vers un scénario de 1997 ou 1998. Un autre vers un « first draft », un « revised draft » ou un « shooting script ». Ce petit détail change complètement la lecture, puisque le texte que l’on a sous les yeux n’est pas forcément celui utilisé tel quel pendant le tournage.
Matrix, par exemple, apparaît avec un scénario de tournage numéroté daté du 29 mars 1998. L’Étrange Noël de Monsieur Jack est proposé dans une première version datée d’août 1991, soit environ deux ans avant la sortie du film. Et pour Lost in Translation, on peut ouvrir un PDF daté du 2 septembre 2002.
Pour les scénaristes, ces dates permettent surtout de remettre les choses en perspective. Le scénario que l’on connaît parce qu’il a donné naissance à un grand film n’est pas nécessairement apparu sous cette forme dès la première séance d’écriture. Il existe derrière beaucoup de films une succession de versions, de corrections et de décisions prises au fil du développement.
Certains titres présents sur The Daily Script permettent même de pousser la curiosité un peu plus loin puisqu’ils sont répertoriés plusieurs fois. On peut alors tomber sur deux états du même projet et commencer à chercher ce qui a bougé entre les deux. Là, on risque facilement d’y passer une heure alors qu’on était simplement venu récupérer un PDF.
Le site lui-même reste assez brut. Les scripts peuvent être proposés en PDF, en HTML ou sous forme de simple fichier texte. Les PDF sont évidemment plus agréables lorsque l’on veut retrouver la présentation d’un véritable scénario ; les fichiers texte ont un charme nettement plus… informatique. Mais ils ont au moins le mérite d’être là.
Et puis The Daily Script ne cherche visiblement pas à faire autre chose. Pas de compte à créer, pas de fil d’actualité, pas de recommandations qui viennent vous proposer quinze contenus « similaires ». On parcourt une liste, on clique sur un titre et on lit.
Parfois, ça fait du bien.
Pour vous éviter de commencer au hasard parmi les centaines de références disponibles, LightyShare en a sélectionné quelques-unes :
- Lost in Translation, Sofia Coppola (2003) – 2 septembre 2002
- Matrix, Larry et Andy Wachowski (1999) – script de tournage, mars 1998
- L’Étrange Noël de Monsieur Jack, scénario de Caroline Thompson d’après une histoire de Tim Burton (1993) – premier script, août 1991
- La Chose, John Carpenter ; scénario : Bill Lancaster (1982) – deuxième brouillon, 4 mars 1981
- Barry Lyndon, Stanley Kubrick (1975) – brouillon daté du 18 février 1973

Le plus simple reste encore d’aller fouiller vous-même. Cherchez un film que vous connaissez presque par cœur, ouvrez le scénario et commencez par les dix premières pages. Il y a de fortes chances que vous finissiez par aller vérifier dans le film comment telle ou telle scène a finalement été tournée.
Et si vous êtes en train d’écrire : attention, l’excuse « je vais juste lire cinq minutes pour voir comment ils font » fonctionne à peu près aussi bien que prévu.
Scénaristes, à vos plumes !