ÉPISODE 09 57:50

Thomas Vanz, réalisateur artiste VFX - Filmer le cosmos, d'un garage jusqu'au défilé Dior

Il raconte le cosmos sans une seule image de synthèse : des encres, des pigments, un aquarium acheté d'occasion et des centaines de calques. Retour sur une méthode inventée dans une cabane de jardin.

Thomas Vanz
Écouter l'épisode

Thomas Vanz n’a pas fait d’école de cinéma. Ses parents travaillaient à La Fémis, où il a passé son enfance à traîner dans les auditoriums et les salles de décor, et il est arrivé à l’image par la musique et l’animation traditionnelle. Le reste, il l’a appris en bidouillant, puis dans des maisons d’effets spéciaux.

En un an et demi, j’ai plus appris qu’en cinq ans tout seul

Ses premières armes, il les fait chez Mikros Image, l’une des grosses maisons d’effets françaises. Avant d’y entrer, il bricolait des nébuleuses et des explosions avec des systèmes de particules, en suivant les tutoriels de Video Copilot. En arrivant, il prend une claque, et pas sur la technique : « j’ai vraiment appris la rigueur, les problématiques de pub, de production, de tempo, de deadline ».

En parallèle, une obsession ne le lâche pas : le cosmos. Il la décrit comme un attrait pour le mystère, l’envie d’approcher la question de savoir pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, doublée de la beauté brute des nébuleuses et des trous noirs. Sa bio Instagram le résume en deux mots, Cosmic Director, et il assume le premier degré.

On faisait ça avec deux cure-dents

Lassé de la commande, il décide de faire son film. Ce sera Novae, l’illustration d’une supernova, la mort d’une étoile massive dans une explosion cataclysmique. Avec une contrainte qu’il se pose lui-même : aucune image de synthèse, aucune 3D, aucune simulation. Rien que des prises de vue réelles.

L’idée de départ vient d’un collègue croisé chez Ubisoft, qui mélangeait de l’huile et des encres sur une plaque de verre rétro-éclairée. Thomas y voit tout de suite une nébuleuse. Il a 22 ou 23 ans, il installe un aquarium acheté sur Le Bon Coin dans la cabane de jardin de sa mère, et il transpose : l’eau tiendra le rôle du vide, les encres celui des gaz ionisés que rejette l’étoile.

Le dispositif tient dans une phrase : un aquarium, une lampe de bureau pour l’éclairage venu du dessus, un gobelet en plastique percé maintenu par des broches à barbecue pour faire tomber plusieurs couleurs à la fois, et un Canon 5D, « rien de spécial ». Quatre à cinq mois d’essais pour trouver la recette, en passant par l’acide chlorhydrique, le café en poudre, les encres pailletées et les encres pour vitrail qui ne donnent rien.

Vraiment, on fait ça avec ce qui nous passe sous la main, parce qu’il n’y a pas encore trop de budget pour faire le film.

Une trouvaille résume la méthode : l’encre, faite d’eau chargée de pigments, est plus lourde que l’eau et coule. Coupée d’alcool, elle descend beaucoup plus lentement, et peut même remonter. C’est ce genre de détail, découvert sur le tas, qui donne au film ses volutes. Même le ciel étoilé de Novae est un trucage de cuisine : du café en poudre étalé sur une feuille blanche, passé en négatif, puis utilisé comme modèle de particules.

Ce que j’aime le plus, c’est quand les gens se disent : mais comment c’est fait ?

Tout le travail bascule ensuite dans After Effects, et c’est là que se joue l’illusion. Les rushes sont par définition plats, « des feuilles de papier 16/9 » qu’il faut dupliquer, placer à des profondeurs différentes et faire tourner sans jamais révéler leur platitude. Des centaines de calques, des sessions de minuit à cinq heures du matin qu’il enregistre à l’écran pour en tirer des accélérés.

Le rendement est plus serré qu’on ne l’imagine : trois à quatre heures de rushes pour cinq minutes de film. Non par économie, mais parce que l’aquarium se charge d’encre et devient opaque au bout de quelques prises, et qu’il faut alors tout vider.

Novae lui a rapporté des prix et beaucoup d’articles. Il n’a pas attendu qu’on le découvre : il a passé un mois et demi à récupérer des adresses de rédactions avec des requêtes Google ciblées sur les pages contact de blogs et de magazines, puis à envoyer le film. « Il y en a un, il y en a deux, il y en a quatre, il y en a huit. » Un site russe de divertissement lui a fait à lui seul la moitié de ses vues.

L’avantage de faire un projet pour soi, c’est que si ça marche, il n’y a plus trop besoin de chercher du travail

Le film suivant, Intra, s’attaque aux trous noirs et à l’hypothèse du trou blanc, ce point d’où toute la matière émergerait, que certains rapprochent du Big Bang. Thomas a désormais un atelier. Il tourne davantage « sur plaques », c’est-à-dire à plat, caméra au-dessus, en travaillant lait, pigments et coton-tige trempé dans du liquide vaisselle. Le gain n’est pas dans le matériel mais dans le logiciel : il peut maintenant déformer ses rushes, courber ses feuilles de papier autour d’une sphère au lieu de les poser à plat.

Deux idées à retenir pour qui voudrait s’y essayer. La première : le ralenti ne s’achète pas forcément en caméra haute vitesse, il se règle dans le liquide, une réaction se déroulant beaucoup plus lentement dans du miel que dans un solvant léger. La seconde tient en une phrase : « tu peux vraiment prendre tout ce qu’il y a dans ta cuisine et déjà faire des trucs de fou ».

Pour aller plus loin

Écouter l'épisode Spotify Apple Podcasts Deezer

community.podcast.episode.note-deezer

L'invité Thomas Vanz Réalisateur et artiste VFX
Tous les épisodes
Passer à l'action

Le matériel dont ils parlent, vous pouvez le louer

Caméras, optiques, lumière et son, chez des loueurs certifiés partout en France, assurance incluse.