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Dossier de production de court-métrage : ce qu'il doit contenir

Le dossier de production est ce qu'une commission, un producteur ou un partenaire lit avant de décider. Voici les huit pièces qu'il rassemble, dans l'ordre où on les lit.

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Un dossier de production est ce qu'une commission, un producteur, une région ou un partenaire lit avant de décider. Personne ne regarde votre film à ce stade : on lit d'abord huit ou dix pages, avant le scénario et les annexes, souvent en diagonale, souvent au milieu de trente autres dossiers et parfois à 1h34 du matin. Tout l'enjeu est là. Un projet solide mal présenté passe pour un projet flou, et un lecteur qui ne comprend pas en deux minutes de quoi parle le film referme le dossier.

Afin de rendre ce guide plus simple, je vais prendre Shaun of the Dead d'Edgar Wright comme exemple tout du long (et aussi car c'est dans mon top 5). Si vous ne l'avez pas vu, arrêtez de lire cet article et trouvez une autre profession, regardez-le. Le film est hillarant, sa structure est limpide, et voir chaque document écrit sur un projet dont on connaît déjà le résultat aide à comprendre ce que chaque document doit faire.

C'est un long métrage, pas un court. Mais les fonctions du pitch, du synopsis et des notes d'intention sont les mêmes. Seuls l'échelle du projet et le volume du dossier changent.

Simon Pegg et Nick Frost dans Shaun of the Dead
Simon Pegg et Nick Frost dans Shaun of the Dead

Quel élément doit comporter le dossier de production ?

Il n'existe pas de format légal. Chaque commission, région ou producteur publie ses propres consignes, et elles passent, bien évidemment, toujours avant celles de cette page. Mais un socle revient presque partout. Il contient huit pièces, dans un ordre à adapter au destinataire :

  • La fiche technique : titre, genre, durée, format, langue, contacts. Une page au plus.
  • Le pitch : une à trois phrases. C'est la première chose lue et souvent la seule relue.
  • Le synopsis : une page qui raconte toute l'histoire, fin comprise.
  • La note d'intention du réalisateur : pourquoi ce film, et comment vous allez le faire.
  • La note d'intention du producteur : pourquoi ce film est produisible, et par vous.
  • Le scénario : le texte complet, en annexe ou dans un fichier séparé selon les consignes.
  • Le budget et le plan de financement : ce que ça coûte, et d'où vient l'argent.
  • Les éléments visuels : repérages, moodboard, storyboard, biographies de l'équipe.

Une erreur revient plus que les autres : livrer un dossier où chaque pièce raconte la même chose avec des mots différents. Chacune répond à une question distincte, et un lecteur qui retrouve quatre fois le même paragraphe reformulé en déduit que le projet n'a pas été pensé.

La fiche technique

C'est la carte d'identité du projet. Elle sert à situer le film en dix secondes, avant même de savoir de quoi il parle. Elle tient dans un tableau.

  • Titre, et titre de travail s'il est différent.
  • Genre et durée estimée, en minutes.
  • Support ou format de tournage : numérique, 16 mm, 35 mm.
  • Format de livraison : définition, ratio, son et sous-titrage demandés.
  • Langue de tournage et sous-titrage prévu.
  • Auteur et réalisateur, avec un contact direct.
  • Société de production et statut du projet : développement, financement acquis, en préparation.

À quoi ressemblerait la fiche technique de Shaun of the Dead ?

TitreShaun of the Dead
RéalisateurEdgar Wright
ScénarioEdgar Wright et Simon Pegg
Acteurs principauxSimon Pegg (Shaun), Nick Frost (Ed), Kate Ashfield (Liz), Lucy Davis (Dianne), Dylan Moran (David)
GenreComédie, horreur
Durée1 h 39
Date de tournage2003
Format de tournage35 mm
Langue originaleAnglais
Directeur de la photographieDavid M. Dunlap
MontageChris Dickens
ProductriceNira Park
Budget4 millions de livres sterling

Mettez un contact réel et une date de mise à jour. Les dossiers circulent, et un dossier retrouvé huit mois plus tard sans date ni téléphone ne mène nulle part.

Le pitch

Une à trois phrases, pas davantage. Le pitch doit contenir trois choses et rien d'autre : qui est le personnage, ce qui fait basculer sa vie, et ce qu'il doit accomplir. Si votre pitch tient en cinq lignes, c'est un synopsis raté.

Le pitch de Shaun of the Dead

Un vendeur d'électroménager trentenaire en manque de motivation, Shaun, se retrouve confronté à une apocalypse zombie. Avec son meilleur ami peu responsable, Ed, il doit s'affirmer en tant que leader pour sauver ses proches, réévaluer ses priorités et survivre dans ce chaos hilarant et sanglant.

Tout y est : le personnage, l'événement déclencheur, l'enjeu intime derrière l'enjeu spectaculaire. Ce dernier point est celui qu'on oublie le plus souvent. Un pitch qui ne décrit qu'une situation, sans dire ce que le personnage veut, ne donne au lecteur aucune raison de tourner la page.

Le synopsis

Une page, parfois deux. Le synopsis raconte l'histoire entière, dans l'ordre, fin comprise. Ce n'est pas une bande-annonce : ménager le suspense dans un synopsis est la faute la plus fréquente et la plus coûteuse. Le lecteur d'une commission a besoin de savoir comment ça finit pour juger si l'histoire tient debout.

Écrivez-le au présent, à la troisième personne, et faites apparaître :

  • la situation de départ et ce qui manque au personnage ;
  • l'événement qui fait basculer le récit ;
  • les deux ou trois obstacles majeurs, pas la liste des scènes ;
  • le point de non-retour ;
  • la résolution, et ce que le personnage a compris ou perdu.
Le synopsis de Shaun of the Dead

Métro, boulot, dodo. C'est à peu de chose près la vie de Shaun. Vendeur d'électroménager trentenaire sans ambition, il mène une vie monotone entre son travail routinier, sa relation en dents de scie avec sa petite amie Liz et ses soirées passées à boire des bières avec son meilleur ami Ed.

Lorsque Londres est soudainement envahie par une horde de zombies, Shaun décide de prendre les choses en main. Accompagné d'Ed, il élabore un plan audacieux : sauver sa mère et Liz, puis se réfugier dans leur pub préféré, le Winchester, pour y attendre la fin de l'apocalypse. Le refuge tourne au désastre. Le beau-père de Shaun se transforme, sa mère meurt après avoir été mordue, David est dévoré et Dianne disparaît dans la foule des morts-vivants.

Assiégés dans le pub en flammes, Shaun et Liz s'apprêtent à mourir tandis qu'Ed, lui aussi mordu, reste derrière eux. L'armée arrive au dernier moment et les sauve. Six mois plus tard, Shaun et Liz vivent ensemble. Shaun a appris à décider et à tenir ses engagements, sans renoncer à Ed : devenu zombie, son meilleur ami vit enchaîné dans l'abri de jardin, où tous deux continuent à jouer aux jeux vidéo.

Un test simple : donnez votre synopsis à quelqu'un qui ne connaît pas le projet, et demandez-lui de vous le raconter le lendemain. Ce qu'il oublie est ce qui manque de clarté.

La note d'intention du réalisateur

La note d'intention répond à deux questions, et elle est jugée sur les deux : pourquoi ce film, et comment vous allez le faire. La première moitié est écrite dans presque tous les dossiers. La seconde est celle qui manque, et c'est celle qui décide.

Une bonne note d'intention parle concrètement de mise en scène :

  • le point de vue : de qui suit-on le regard, et pourquoi celui-là ;
  • l'image : focales, lumière, mouvement ou plan fixe, et ce que ce choix produit ;
  • le rythme et le montage ;
  • le son et la musique, souvent oubliés alors qu'ils portent la moitié de l'effet ;
  • deux ou trois références précises, avec ce que vous en retenez exactement.

Je ne suis évidemment pas Edgar Wright, à mon plus grand malheur. Le texte qui suit n’est donc pas sa véritable note d’intention, mais une reconstitution pédagogique de ce à quoi elle aurait pu ressembler, à partir des choix visibles dans le film.

Une note d'intention possible pour Shaun of the Dead

Avec Shaun of the Dead, mon objectif est de créer une comédie horrifique qui explore à la fois les thèmes de la survie et de la transformation personnelle dans un contexte d'apocalypse zombie. Inspiré par des films cultes du genre, je souhaite offrir une expérience où l'humour et l'horreur se côtoient et se renforcent mutuellement.

Le personnage principal incarne l'homme ordinaire pris dans la routine quotidienne, ce qui permet au spectateur de s'identifier facilement à lui. En plaçant Shaun au cœur d'une invasion de morts-vivants, je veux l'amener à sortir de sa zone de confort et à se révéler sous un jour nouveau.

Enfin, je souhaite mettre en avant la force de l'amitié et des liens familiaux, qui permettent aux personnages de surmonter les épreuves et de lutter ensemble. Le film se veut à la fois un hommage aux classiques du cinéma d'horreur et une invitation à réfléchir sur nos propres choix.

La mise en scène fera entrer l'apocalypse dans la routine avant que Shaun ne la remarque. Je reprendrai les mêmes cadres, les mêmes trajets et les mêmes gestes quotidiens avant et après l'arrivée des zombies. Le spectateur verra ainsi que le monde a changé quelques secondes avant le personnage. Le montage rapide et le son donneront aux actions les plus banales la même intensité qu'à une scène d'horreur.

Remarquez ce que fait le dernier paragraphe, et que la plupart des notes d'intention ne font pas : il engage une décision de mise en scène vérifiable à l'écran. L'apocalypse reprend les cadres et les trajets de la routine pour que le spectateur comprenne avant Shaun que le monde a changé. C'est un parti pris, il se raconte en trois lignes, et il se vérifie.

Évitez le vocabulaire d'intention pure. « Universel », « touchant », « fort », « à la fois drôle et grave » ne décrivent rien et se retrouvent dans un dossier sur deux.

La note d'intention du producteur

Celle-ci porte le regard du producteur sur le film, puis le confronte au réel. Elle dit pourquoi ce projet mérite d'être produit, pourquoi cette équipe peut le mener à bien, avec quel argent et pour quel public.

  • Ce que le projet a de singulier et ce qui le rend défendable face aux autres.
  • Le public visé, et par où il verra le film : festivals, diffuseurs, plateformes, salle.
  • L'équipe, et ce que chacun a déjà mené à bien.
  • Le plan de financement : ce qui est acquis, ce qui est demandé, ce qui reste à trouver.
  • Le calendrier : écriture, préparation, tournage, post-production, livraison.

Ici encore, le texte qui suit n'est pas un document signé par Nira Park. C'est une reconstitution pédagogique à partir du film et de l'équipe qui l'a fabriqué.

Une note de production possible pour Shaun of the Dead

Shaun of the Dead est un projet audacieux qui entend réinventer la comédie horrifique. En s'appuyant sur l'univers des films de zombies et en y intégrant une touche d'humour britannique, notre ambition est de créer un divertissement capable de séduire un large public.

Le scénario, écrit par Edgar Wright et Simon Pegg, mêle habilement les codes de l'horreur et de la comédie ; ce mélange des genres est ce qui permettra au film de se démarquer. Pour l'incarner, nous réunissons un casting emmené par Simon Pegg et Nick Frost, dont l'alchimie à l'écran est essentielle pour donner vie à cette vision.

Notre objectif est de porter le film sur la scène internationale, en mettant en avant son potentiel commercial autant qu'artistique.

Edgar Wright, Simon Pegg et Nick Frost ont déjà construit ensemble le ton de Spaced. Cette expérience commune réduit le risque artistique et donne au projet une identité immédiatement reconnaissable. Le budget sera concentré sur quelques séquences de foule, les effets et les scènes du Winchester, tandis que les décors quotidiens et le nombre limité de lieux permettront de tenir l'échelle du film. Le calendrier et le plan de financement distingueront clairement ce qui est acquis, ce qui est demandé et ce qui reste à trouver.

Dire franchement ce qui n'est pas encore financé est un signe de sérieux, pas une faiblesse. Un plan qui atteint 100 % seulement parce que chaque piste incertaine est présentée comme acquise se repère immédiatement. Distinguez les financements acquis, sollicités et restant à trouver.

Le scénario

Le scénario complet accompagne le dossier, en annexe ou dans un fichier séparé selon les consignes. Il obéit à une mise en forme professionnelle que tout le monde reconnaît : police à chasse fixe en 12, en-tête de scène en majuscules (intérieur ou extérieur, décor, moment de la journée), action au présent, nom du personnage centré au-dessus de son dialogue.

Cette forme n'est pas de la coquetterie : une page correspond souvent à environ une minute de film. C'est un repère, pas une formule mathématique, mais il permet au lecteur d'estimer rapidement une durée. Un scénario mis en page librement perd ce repère, et se fait remarquer avant d'être lu.

Si vous n'avez jamais vu de scénario mis en page, j'en publie un exemple de trois scènes à ouvrir et à écraser.

Le budget

Le budget est un tableur, et il est lu par des gens qui en lisent beaucoup. Ce qu'ils vérifient en premier n'est pas le total, c'est la cohérence entre les lignes : un nombre de jours de tournage qui ne correspond pas au nombre de repas, une équipe de douze personnes sans transport, un matériel loué trois jours pour un tournage qui en dure cinq.

Découpez au minimum en :

  • droits artistiques (scénario, musique) ;
  • personnel et interprètes, charges comprises ;
  • matériel image, lumière, machinerie, son ;
  • décors, costumes, maquillage, accessoires ;
  • transport, régie, repas, hébergement ;
  • post-production : montage, étalonnage, mixage, effets, livrables ;
  • assurances et frais généraux ;
  • une provision pour imprévus, entre 5 et 10 %.

C'est la ligne matériel qui bouge le plus, et c'est aussi la plus facile à chiffrer honnêtement : demandez de vrais devis plutôt que d'estimer. Sur Lightyshare, les tarifs de location sont affichés par jour et par loueur, ce qui donne un montant défendable en face de chaque poste plutôt qu'un ordre de grandeur.

Deux documents rendent ce chiffrage possible : le plan de travail, qui fixe le nombre de jours, et la feuille de service, qui fait apparaître la régie que le budget oublie presque toujours.

Le Storyboard

Le storyboard n'est pas obligatoire dans un dossier, et un mauvais storyboard dessert le projet. Mettez-en un si votre film repose sur un découpage précis : action, effets, cascades, séquences à contrainte. Sinon, quelques planches de repérage et un moodboard en disent davantage sur ce que vous visez.

Planche de storyboard de Shaun of the Dead, découpage plan par plan
Une planche du storyboard de Shaun of the Dead, partagée à la sortie de The World's End
Seconde planche de storyboard de Shaun of the Dead, avec annotations de cadre
Les annotations de cadre et de mouvement comptent autant que le dessin

Quand vous en faites un :

  • numérotez chaque plan à partir du numéro de la scène, par exemple 12A, 12B, 12C, sans quoi le storyboard devient illisible en préparation ;
  • notez la valeur de plan, l'axe et le mouvement à côté de chaque vignette ;
  • indiquez la durée estimée du plan, utile pour l'animatique, le rythme et la préparation ;
  • ne cherchez pas à bien dessiner. Un storyboard sert à décider, pas à impressionner.

Avant d'envoyer

Trois vérifications, dans l'ordre. Le dossier respecte-t-il le nombre de fichiers, le format et le poids demandés par son destinataire ? Chaque PDF est-il paginé, et son nom contient-il le titre du film et une date ? Le pitch tient-il en trois phrases sans que vous ayez besoin de l'expliquer à l'oral ? Si l'une des trois réponses est non, ce n'est pas encore le moment de l'envoyer.

Et pendant que vous y êtes : ce dossier vous mènera au tournage, où les autorisations doivent être sécurisées avant la première prise. Utilisez le contrat de cession de droit à l'image pour les personnes identifiables qui ne sont pas déjà couvertes par un contrat d'interprète, et un contrat talent adapté au statut réel de chaque comédien. Un modèle intitulé « non rémunéré » ne suffit pas, à lui seul, à régler les obligations sociales d'un tournage. Les deux sont dans la bibliothèque, et vérifier ce cadre avant de tourner prend moins de temps que de débloquer un film déjà terminé.

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